« Cesser son activité est un chapitre de la vie comme un autre »
Lionel Ludwinski est un ancien éleveur laitier en Dordogne. Après vingt ans à la tête de son exploitation familiale, des désaccords familiaux et des problèmes financiers l’ont amené à dire « stop, basta ! » Il est désormais salarié « chez ceux qui moissonnaient chez [lui] ».
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« Être éleveur laitier était une passion, se souvient Lionel Ludwinski. Je suis né dedans, je n’ai connu que ça. Petit, je passais mes week-ends à la ferme ou dans les champs. Quand mon père et mes deux oncles se sont installés, ça n’a pas été simple pour eux. Ils étaient enfants de parents polonais, ils ont dû faire leur place. Alors quand j’ai repris la ferme familiale avec ma mère, ma sœur et ma compagne, de qui j’ai divorcé depuis, le chemin était déjà tracé. »
« J’ai dit stop, basta ! »
« On a eu de belles années avec nos 250 têtes. Car en plus de nos prim’holsteins, nous avions nos céréales. On était autonomes. La belle vie ! Sauf qu’en 2007, tout a basculé lorsqu’on a acheté des robots de traite. Ils m’ont dégoûté de ma passion. Ils réclament davantage de boulot que la traite. On passe énormément de temps à les gérer, les réparer, etc. Je n’allais même plus dans mes champs. Les robots nécessitent aussi plus d’électricité et plus d’eau. Tout ça cumulé est devenu un gouffre financier. Avec le prix du lait qui a dégringolé à 220 euros la tonne, on a fini par arrêter la production laitière en 2013. »
« J’ai divorcé quelque temps plus tard. J’ai poursuivi seul sur l’exploitation avec les céréales, mais je n’arrivais plus à rentrer d’argent. Le trou est plus vite fait que la montagne. Alors j’ai dit stop, basta ! J’avais envie de passer à autre chose. Arrêter son activité est un chapitre de la vie comme un autre. Il ne faut pas en avoir peur, ça ne sert à rien de se faire du mal. En 2023, l’exploitation a été mise en liquidation. »
« Aujourd’hui je suis heureux, je n’ai aucun regret »
« J’ai pu rebondir très vite et assez facilement. J’ai tout fait pour ne pas me laisser abattre. Je ne suis jamais resté sans travail. À l’époque où j’avais ma ferme, je travaillais à côté, chez un ami d’enfance entrepreneur de travaux agricoles. De fil en aiguille j’y suis resté à temps plein. Je travaille désormais en tant que salarié chez ceux qui moissonnaient chez moi. »
« À un moment, je me suis demandé si je n’allais pas chercher du travail en dehors de l’agriculture tellement j’avais été dégoûté. Quand on est agriculteur, on a beaucoup d’atouts à mettre en avant et les employeurs le savent. Il n’y a qu’à lever le petit doigt pour être embauché. Mais je suis resté attaché aux racines de la terre. C’est en moi. »
« Durant ma reconversion, j’ai eu la chance d’avoir un entourage bienveillant. Mon père et mes oncles m’ont soutenu. Je n’ai jamais senti de jugement de leur part. Ça m’a aidé à accepter la situation. J’ai mieux vécu ma reconversion que les dernières années où je faisais du lait sans rien gagner. Évidemment, j’ai passé de mauvais moments, tout n’a pas été rose. Je me suis remis en question, j’ai douté. Aujourd’hui, je suis heureux. Je n’ai aucun regret. Je suis passé à autre chose. »
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